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Pinar Selek

BIOGRAPHIE


Pinar Selek est féministe, antimilitariste, sociologue, écrivaine et militante.

Née en 1971 à Istanbul, elle construit sa vie, ses engagements et ses recherches autour de l'adage «la pratique est la base de la théorie ». Sa mère, Ayla Selek, tenait une pharmacie, lieu d'échanges et de rencontres, et son père, Alp Selek, est avocat, défenseur des droits de l'Homme. Son grand père, Haki Selek, est un pionnier de la gauche révolutionnaire et cofondateur du parti des Travailleurs de Turquie (TIP). Apres le coup d'Etat militaire de 1980, Alp Selek est arrêté et maintenu en détention pendant près de cinq ans. Pinar Selek poursuit alors des études au lycée Notre-Dame de Sion où elle apprend le français et rencontre des objecteurs de conscience.

En 1992, elle s'inscrit en sociologie à l'université de Mimar Sinan d'Istanbul car elle pense qu'il faut «analyser les blessures de la société pour être capable de les guérir ». Tout en poursuivant ses études, elle passe beaucoup de temps dans les rues d'Istanbul avec des enfants et des adultes sans domicile fixe. Elle y liera de profonds liens d'amitié, mais choisira de ne rien écrire sur le sujet pour des raisons éthiques qu'elle développe dans son article «Travailler avec ceux qui sont en marge ». En 1995, elle cofonde l'Atelier des Artistes de Rue, dont elle sera la coordinatrice et auquel participent des personnes sans domicile fixe, des enfants, des tziganes, des étudiants, des femmes au foyer, des travesti-es, des transexuel-les, des prostitué-es.

Son mémoire de licence intitulé «Babîali à Ìkitelli : de l'odeur de l'encre aux immeubles de grande hauteur du quartier d'affaires » porte sur la transformation des organes de presse (journaux, radios et télévisions) en Turquie. En 1997 elle obtient son DEA de sociologie avec un mémoire intitulé : «La rue ülker : un lieu d'exclusion », recherche menée sur et avec les transexuels et travestis. Cette recherche est publiée en 2001 sous le titre : « Masques, cavaliers et nanas. La rue Ülker : un lieu d'exclusion». Pendant cette période et au-delà, elle est aux cotés des transexuels qui se battent contre la violence policière et nationaliste et ce livre, premier dans ce domaine, est alors très utile pour toucher l'opinion publique et construire la solidarité. Parallèlement, elle entame ses recherches sur la question kurde et effectue plusieurs voyages au Kurdistan, en France et en Allemagne, pour réaliser une soixantaine d'entretiens destinés à alimenter un projet d'histoire orale.

Elle a 27 ans et elle redouble d'énergie pour contribuer à enrayer les guerres et les mécanismes de pouvoir. Le 11 juillet 1998 elle est arrêtée par la police d'Istanbul et torturée pour la forcer à donner les noms des personnes qu'elle a interviewées. Elle résiste et une nouvelle forme de torture est alors utilisée : elle est accusée d'avoir déposée la bombe qui aurait, le 9 juillet 1998, fait sept morts et plus de cent blessés au marché aux épices d'Istanbul. Plusieurs rapports d'expert ont beau certifier qu'il ne s'agit pas d'une bombe mais de l'explosion accidentelle d'une bouteille de gaz, c'est le début d'un acharnement politico-judiciaire qui est aujourd'hui dans sa dix-septième année. Elle passe deux ans et demi en prison et une grande solidarité se met en place qui réunit de nombreux avocat-e-s, des intellectuel-le-s et beaucoup de personnes qu'elle a croisées au cours de ses engagements et de ses recherches. Sa sÅ“ur quitte son travail et reprend des études d'avocate pour se joindre à la défense. En prison, Pinar Selek écrit beaucoup, mais tous ses textes sont confisqués.

En décembre 2000 elle est finalement libérée et, concrétisant un projet mûri en prison, elle met à profit sa notoriété pour organiser une grande «Rencontre des femmes pour la paix » à Diyarbakir. Cette première mobilisation sera suivie d'autres rencontres qui auront lieu à Istanbul, Batman et Konya.

En 2001 elle fonde avec d'autres féministes l'association Amargi qui s'engage dans les mobilisations contre les violences faites aux femmes, pour la paix et contre toutes les dominations et qui ouvre la première librairie féministe au centre d'Istanbul.

L'association organise, en 2002, «la marche des femmes les unes vers les autres » où des milliers de femmes convergeront de toute la Turquie vers la ville de Konya. C'est aussi l'année où la mère de Pinar Selek meurt d'une crise cardiaque.

En 2004, Pinar Selek publie Barisamadik («Nous n'avons pas pu faire la paix ») sur la culture militariste et les mobilisations pour la paix en Turquie. Elle crée avec d'autres en 2006 la revue théorique féministe Amargi qui est encore aujourd'hui vendue à des milliers d'exemplaires dans toute la Turquie et dont elle est toujours rédactrice en chef.

En 2006 elle est finalement acquittée après un travail énorme du collectif d'avocats pour faire tomber une à une toutes les accusations basées sur de faux témoignages extorqués sous la torture et la fabrication de fausses preuves. Mais la cour de cassation s'acharne et fait appel au verdict. Pinar Selek continue à organiser et à participer à de nombreuses rencontres et manifestations antimilitaristes. Elle écrit également dans divers journaux et magazines contre le militarisme, le nationalisme, l'hétérosexisme, le capitalisme, et toutes les formes de domination.

En 2008 elle publie Sürüne Sürüne erkek olmak ("devenir homme en rampant") sur la construction de la masculinité dans le contexte du service militaire. A la suite de cette publication elle fera l'objet d'intimidations, de menaces téléphoniques et d'articles diffamatoires dans la presse. Elle publie aussi Su damlasi («la goutte d'eau »), un conte pour enfant qui sera suivit de Siyah pelerinli kiz («la fille à la pèlerine noir ») et de yesil kiz («la fille en vert »).

Elle est de nouveau acquittée en 2008 mais un nouvel appel de la cour de cassation casse le verdict et la pousse à partir de Turquie. Elle reçoit une bourse du Pen Club Allemand dans le cadre du programme « écrivains en exil » et c'est à Berlin qu'elle termine son premier roman Yol geçen hani («l'auberge des passants ») publié en Turquie en 2011 et en Allemagne la même année. Le 9 février 2011 elle est acquittée une troisième fois mais, fait extrêmement rare dans la jurisprudence turque, le procureur refait appel auprès de la cour de cassation, pour la troisième fois également.

Le 24 janvier 2013, la 12ème cour d'Istanbul qui a été remaniée, annule sa propre décision d'acquittement et la condamne à la prison à perpétuité. Ses avocats font appel et dénoncent ce déni de justice et l'illégalité des procédures. Ils obtiennent l'annulation de la condamnation auprès de la 9ème cour de cassation le 11 juin 2014. Malgrès ce contexte Pinar Selek parvient à terminer sa thèse de doctorat sur « l'interdépendance des mouvements sociaux en contexte autoritaire. Les mobilisations au nom de groupes sociaux opprimés sur la base du genre, de l'orientation sexuelle ou de l'appartenance ethnique en Turquie » qu'elle soutient le 7 mars 2014 à Strasbourg. Le procès qui recommence auprès de la 15ème cour pénale, se solde par un 4ème acquittement le 19 décembre 2014. Une nouvelle victoire pour ses avocat-e-s et toutes celles et tous ceux qui la soutiennent inlassablement et partagent ses luttes en Turquie et ailleurs!
Mais le procureur fait appel et la Cour Suprême devra statuer ces prochains mois.

Pinar Selek vit aujourd'hui en exil en France et résiste à la torture psychologique que représente cet acharnement de 17 années contre elle et ses proches. Mettant en pratique ses analyses sur la nécessité de la convergence des luttes face à l'intersectionnalité des systèmes de domination, elle continue d'écrire et de participer à de nombreuses rencontres un peu partout en France et en Europe.
Elle tient une rubrique régulière dans le magazine Rebelle Santé, participe à la revue Silence et publie des articles dans des ouvrages collectifs. Elle s'investit au sein de l'association lesbienne et féministe La Lune de Strasbourg et chante dans une chorale de chants révolutionnaires à Lyon.

Depuis son installation en France fin 2011, quatre de ses livres ont été publié en français, "Loin de chez moi... mais jusqu'où ?" aux éditions iXe en mars 2012, "La maison du Bosphore", son premier roman, aux éditions Liana Lévi en avril 2013, « Service militaire en Turquie et construction de la classe de sexe dominante . Devenir homme en rampant », aux éditions l'Harmathan en février 2014 et « Parce qu'ils sont arméniens », aux éditions Liana Lévi en février 2015.
Elle mène actuellement des recherches sur l'espace militant en Turquie et les mouvements arméniens de la diaspora à l'ENS de Lyon et continue son engagement à distance par l'intermédiaire de la revue féministe Amargi et en intervenant dans des rencontres grâce aux nouvelles technologies de communication.
Le mouvement féministe représente pour elle une dissidence dont le projet va bien au delà d'une lutte pour l'égalité. Pinar selek s'inscrit dans les luttes locales et internationales contre toutes les formes de domination en espérant contribuer à réinventer la politique malgré la violence extreme et voir un jour un monde de paix et de justice, pour toutes et tous.

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